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L’intérêt de la rencontre systématique avec un psycho-oncologue

 

Auteurs:




David Ogez, Emmanuelle Zech, Frédéric Maddalena, Valérie Lannoy, Philippe de Timary




INTRODUCTION

 

Après l’annonce d’un cancer, une large proportion de patients (environ 40 % selon Bultz et al, 2006) (1) éprouvent une détresse émotionnelle pour laquelle un soutien psychologique pourrait aider. Cependant, le plus souvent, les patients ne demandent pas d’aide psychologique, un accompagnement n’étant accepté que dans 14 à 19 % des cas (2, 3).

 


Afin de pallier à cette difficulté dans l’accès aux soins psycho-oncologiques, nous avons implémenté au sein de l’Institut Roi Albert II des cliniques universitaires Saint-Luc, une rencontre systématique (4, 5) avec un psychologue suite à l’annonce d’un diagnostic de cancer. A travers une étude longitudinale menée auprès d’hommes et de femmes atteints respectivement d’un cancer de la prostate et du sein, nous avons évalué l’efficacité de cette rencontre sur la détresse, l’anxiété, la dépression et la perception du psychologue clinicien.

 

Trois hypothèses ont ainsi été testées :


1. Les patients ayant été rencontrés systématiquement auront une perception plus positive du psychologue clinicien que ceux qui n’ont pas été rencontrés.


2. Les patients qui auront rencontré systématiquement le psychologue juste après le diagnostic présenteront des scores de détresse psychologique plus élevés au deuxième temps de mesure, c’est-à-dire pendant les traitements oncologiques.


3. Les patients qui auront perçu une détresse psychologique élevée au moment du diagnostic et pendant les traitements oncologiques initieraient plus fréquemment une demande d’accompagnement psychologique.

 

METHODE

 

L’étude intègre plusieurs questionnaires évaluant des informations sociodémographiques et psychologiques, le niveau de détresse ressentie (Distress thermomether) (6), les symptômes anxieux et dépressifs (HADS) (7, 8), et la perception du psychologue clinicien (9). Les patients, des hommes et des femmes atteints d’un cancer ont été répartis aléatoirement dans deux groupes, un groupe test qui a rencontré le psychologue et un groupe contrôle sans rencontre psychologique. Ils ont été testés à deux occasions: T1 = diagnostic (n=109) et T2 = à 4mois du traitement (n=41).


Concernant les analyses statistiques, des statistiques descriptives, des ANOVA à mesures répétées, des X2, des t-test et des modèles de régressions logistiques ont été construits en fonction des hypothèses et variables testées. Les analyses ont été effectuées à l’aide du logiciel SPSS 22.

 

RESULTATS


Les résultats (voir table 1) ont montré que chez les hommes, la rencontre systématique augmentait l’évaluation subjective de leur détresse et de leur anxiété auto-rapportée, mais également la poursuite d’un accompagnement psychologique lors des traitements oncologiques. En effet, même s’ils avaient en général une perception positive du psychologue, ils ne poursuivaient un accompagnement que lorsqu’ils avaient fait l’objet de cette rencontre systématique.  Concernant les femmes, la rencontre systématique augmentait uniquement l’évaluation du niveau de dépression. Elles avaient également une perception positive du psychologue et poursuivaient un accompagnement même lorsqu’elles n’avaient pas rencontré le psychologue systématiquement.

 

Table 1


Les résultats ont aussi révélé que le modèle ne retenait que l’anxiété (p = .03) et le genre (p = .07) comme étant reliés à la demande d’accompagnement psychologique au décours des traitements oncologiques Si les patients plus anxieux tendent à plus poursuivre un suivi que les autres patients, les résultats de l’étude ont également montré un e et du genre sur l’émergence d’une demande d’accompagnement psychologique, un pourcentage plus important de femmes ayant émis la demande de suivi (38.1%) par rapport aux hommes (14.8 %). 


Par ailleurs, les résultats (voir table 2) ont montré que les femmes entamaient un accompagnement durant les traitements et ce, qu’elles aient rencontré ou non un psychologue, X2 (1, N = 21) = .01, ns. alors que les hommes qui avaient rencontré un psychologue entamaient plus fréquemment un suivi que ceux qui n’avaient pas rencontré de psychologue, X2 (1, N = 19) = 6.10, p = .013.

 

Table 2

 

CONCLUSION

 

Avant cette recherche, la littérature scientifique (10) avait rapporté d’une part un taux relativement faible des consultations psychologiques en regard d’un taux important de détresse en oncologie (1, 11) et, d’autre part, une difficulté d’accès aux soins psycho-oncologiques plus importante chez les hommes que chez les femmes (3). Plusieurs recherches ont par ailleurs montré que la demande d’accompagnement psychologique des hommes est relativement faible, ces derniers évitant la confrontation à un psychologue, comme le suggère de nombreux auteurs (3, 12).


Selon les résultats de cette étude, la rencontre systématique favorise un accompagnement psychologique chez les hommes atteints d’un cancer, leur permettant de mieux rapporter leur détresse et l’anxiété inhérente à l’annonce du diagnostic de cancer.

 
Une limite subsiste dans cette étude : elle a été menée auprès de patients atteints d’un cancer du sein et de la prostate. Il est donc important, afin d’étudier plus précisément l’impact de cette rencontre de dupliquer cette étude et d’étudier une population de patients atteints des différents cancers, y compris ceux qui ont un diagnostic plus sombre, et qui induit certainement une anxiété plus importante (13).

 

REFERENCES

 

  1. Bultz BD, Carlson LE. Emotional distress: the sixth vital sign--future directions in cancer care. Psycho-oncology. 2006;15(2):93-5.
  2. Libert Y, Merckaert I, Etienne A-M, Farvacques C, Lienard A, Messin J, et al. Les besoins psychosociaux et le soutien apporte aux patients atteints d’un cancer : Une étude
  3. nationale belge. Oncologie. 2006;8:1-12.
  4. Merckaert I, Libert Y, Messin S, Milani M, Slachmuylder JL, Razavi D. Cancer patients' desire for psychological support: prevalence and implications for screening patients' psychological needs. Psycho-oncology. 2010;19(2):141-9.
  5. Ogez D, Colmant M, Zech E, de Timary P. Quand le psychologue rencontre syste?matiquement le patient : quelle place pour une demande personnelle ? Expe?rience aupre?s de patients atteints d’un cancer. Psycho-oncologie. 2014;8:117-22.
  6. Ogez D, de Timary P, Berlie?re M, Rokbani L, Colmant M, Lieutenant F, et al. Expectations of Patients with a Diagnosis of Breast Cancer When Meeting the Psycho-Oncologist: Beyond the
  7. Assistance of the Oncologist. Open Journal of Medical Psychology. 2014;2014(3):315-24.
  8. Watson M, Bultz B. La de?tresse, sixie?me signe vital dans les soins du cancer : E?tre attentif aux besoins e?motionnels des patients : qu’est-ce que c?a veut dire et qu’est-ce qui est utile ? Psycho-oncologie. 2010;4:159-63.
  9. Razavi D, Delvaux N, Farvacques C. Validation de la version française du HADS dans une population de patients cancéreux hospitalisés. Revue de Psychologie Appliquée. 1989;39:295-308.
  10. Zigmond AS, Snaith RP. The hospital anxiety and depression scale. Acta Psychiatr Scand. 1983;67(6):361-70.
  11. Webb AR, Speer JR. Prototype of a Profession : Psychology’s Public Image. Professionnal Psychology. Research and Practice. 1986;17(1):5-9.
  12. Merckaert I, Libert Y, Delvaux N, Marchal S, Boniver J, Etienne AM, et al. Factors influencing physicians' detection of cancer patients' and relatives' distress: can a communication skills training program improve physicians' detection? Psycho-oncology. 2008;17(3):260-9.
  13. Derogatis LR, Morrow GR, Fetting J, Penman D, Piasetsky S, Schmale AM, et al. The prevalence of psychiatric disorders among cancer patients. JAMA. 1983;249(6):751-7.
  14. OCDE. Santé mentale et emploi. Belgique: Editions OCDE; 2013.
  15. Hopwood P, Sumo G, Mills J, Haviland J, Bliss J. The course of anxiety and depression over 5 years of follow-up and risk factors in women with breast cancer. Results from the UK standardisation of radiotherapy trials. The breast. 2010;19(2):84-91.

 

 

 

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