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" L'alimentation après cancer: comment l'aborder et dans quel objectif?"

 

Auteurs

          Léna Frateur, Aude Anzévui      

 

Les personnes ayant reçu un diagnostic de cancer et guéries depuis un certain temps ou dont la pathologie cancéreuse est stabilisée, sont souvent demandeuses d’informations concernant l’alimentation afin d’améliorer leur santé, leur qualité de vie et leur survie globale (1). L’attention des patients portée sur le choix alimentaire, l’usage de compléments alimentaires et de « thérapies nutritionnelles complémentaires », peut devenir alors un moyen pour faire face à la période de « l’après-cancer » qui, malgré les apparences, reste difficile à aborder. Les séquelles psychologiques engendrées par la maladie et/ou son traitement influencent grandement les comportements, dont le comportement alimentaire, et peuvent aussi compromettre la capacité à accepter la rémission. Certains patients éprouvent d’ailleurs des difficultés à remettre en cause leur mode de vie ou leur conduite alimentaire même s’ils s’accordent sur leur nocivité. Pour d’autres, ces aspects psychologiques vont justement les aider à décider de changer, d’adapter leurs comportements à risque. On peut dès lors comprendre que l’alimentation puisse leur permettre de reprendre un certain contrôle sur leur vie, sur leur santé (2).

 

Bénéficier d’un référent en diététique et nutrition, qui apporte des informations fondées scientifiquement et qui les accompagne dans le changement de comportement alimentaire, aide les patients déjà motivés à atteindre leurs propres objectifs de santé. Un partenariat soignant-soigné s’instaure alors. La finalité commune étant l’obtention d’une alimentation équilibrée et variée, adaptée aux besoins nutritionnels et alliée à une activité physique régulière, afin de favoriser un poids sain, ce qui permettra de prévenir l’apparition d’autres cancers et le développement de pathologies chroniques (1).

 

                            

Figure 1.  Cancer Prevention, World Cancer Research Fund Guidelines (3)

 

Choix alimentaire

 

Malgré la multitude de conseils transmis par les médias, ou même parfois apportés par des soignants, il n’existe pas de « super aliments » permettant de réduire le risque de cancer (1;4). Les recommandations diététiques pour les patients ayant reçu un diagnostic de cancer et guéris ou dont la pathologie cancéreuse est stabilisée sont de suivre les recommandations de prévention des cancers en adoptant une alimentation équilibrée (1;5). Alimentation au sein de laquelle brocoli, thé vert, voire même baies de goji et graines chia, trouvent leur place…

 

 

     

Figure 2. « Assiette équilibrée » de la Fondation contre le Cancer (6)


Outil informatif clé, le modèle de l’assiette équilibrée est un document fréquemment utilisé pour permettre au patient de visualiser les proportions des différentes familles alimentaires à retrouver au cours d’un repas (6).

 

Pour guider le patient dans de nouveaux choix alimentaires, les sociétés savantes de nutrition proposent des repères nutritionnels qui sont désormais reconnus comme recommandations pour cette population (1;7) :

 

- Limiter la consommation d’aliments à haute densité énergétique dont les boissons sucrées
- Privilégier les aliments d’origine végétale dont les céréales complètes, les légumes, les fruits et les légumineuses
- Limiter les aliments d’origine animale dont les viandes rouges, les viandes préparées comme les charcuteries
- Limiter les boissons alcoolisées
- Limiter la consommation de sel
- Privilégier l’alimentation pour répondre aux besoins nutritionnels


Si les recommandations sont justes décrites ou proposées par le professionnel de la santé, le patient risque de ne pas les adopter. Connaître ces informations est nécessaire mais pas suffisant pour le patient. Prenons le cas de la recommandation : «  Privilégiez les aliments d’origine végétale »…Que se cache-t-il sous cette information ? Faut-il éliminer tous les produits d’origine animale ? Combien faut-il en consommer par jour ? Faut-il les consommer sous une forme « bio » ? Doivent-ils être consommés sous forme crue, sous forme de jus ? Faut-il éviter les aliments issus d’OGM ? Sans une évaluation des connaissances, des préoccupations, des habitudes nutritionnelles du patient, cette information singulière ne lui sera pas bénéfique. Nous pensons même que ces informations peuvent devenir dangereuses pour sa santé nutritionnelle. En effet, il est fréquent en consultation diététique spécialisée que le patient ait consulté préalablement des sites internet, entendu les vertus prônées de « super aliments » et fait des choix alimentaires supposés bénéfiques pour sa santé. Malheureusement, ces choix peuvent engendrer un déséquilibre menant même à une altération de leur état nutritionnel. Ainsi, une jeune femme avait décidé de ne plus manger de sucres, car « ils nourrissaient la tumeur et étaient donc dangereux ». L’absence de couverture de ses besoins énergétiques par les glucides avait ainsi entraîné très rapidement une dénutrition.


Usage de compléments alimentaires et de « thérapies nutritionnelles complémentaires »

 

Malgré leur popularité, aucun « super nutriment » et aucune « super alimentation » ne permet de réduire le risque de cancer (1;4).

 

Les compléments alimentaires, gélules ou comprimés contenant plusieurs types de micronutriments, sont destinés à être consommés en plus de l’alimentation, dans le but d’éviter les carences nutritionnelles. Avoir une alimentation variée et équilibrée permet de répondre aux besoins de l’organisme et limite les risques de déficits en vitamines, minéraux, … Dès lors, l’intérêt des compléments alimentaires n’est pas démontré en oncologie sauf dans des situations de déficiences, carences. Notons l’exemple de la supplémentation préventive systématique en vitamine D et en calcium pour les femmes traitées par inhibiteurs de l’aromatase.


Plusieurs facteurs limitent l’intérêt des compléments alimentaires pour la santé :


- Il est démontré que certains micronutriments agissent en synergie avec d’autres composés présents dans le fruit ou le légume dont ils proviennent. Apportés de façon isolée dans une formulation pharmaceutique, ils n’apportent pas le même bénéfice pour l’organisme.


- La consommation régulière de compléments alimentaires pourrait exposer à des risques néfastes : en effet, certains micronutriments ne sont bénéfiques qu’à doses nutritionnelles. Lorsque la dose est supérieure, ils peuvent au contraire s’avérer délétères. Ainsi, les béta-carotènes –naturellement présents dans le chou vert, les carottes, les épinards– ont un effet anti-oxydant intéressant dans les aliments, ils réduisent notamment le risque de cancer de l’œsophage. En revanche, apportés régulièrement sous forme de compléments alimentaires, les béta-carotènes augmentent le risque de cancer du poumon chez les sujets qui sont par ailleurs exposés à un facteur de risque (tabac, amiante).


De nombreuses études sont actuellement conduites sur l’intérêt des compléments alimentaires. Pour l’heure, aucune n’a démontré un bénéfice clinique (8).

 

La seule « super alimentation » ou « thérapie nutritionnelle complémentaire » à adopter après un cancer, vous l’aurez compris, sera la perte de poids volontaire chez les personnes en surcharge pondérale. L’accompagnement diététique ne se résumera pas à ce que le diététicien remette au patient un régime alimentaire ou les conseils de prévention du cancer. Le diététicien agréé aidera le patient, sur le long court, pour qu’il puisse s’approprier les connaissances diététiques, qu’il puisse leur donner du sens, qu’il puisse les intégrer dans sa vie de tous les jours.


Conclusion

 

L’après-cancer est certainement un moment propice à l’adoption d’un mode de vie sain. Nutritionnellement, la finalité commune soignant-soigné est l’obtention d’une alimentation équilibrée et variée, adaptée aux besoins nutritionnels et alliée à une activité physique régulière, afin de favoriser un poids sain. Nous conseillons de ne pas cibler un « aliment, nutriment, régime anti cancer », mais l’alimentation dans sa globalité. L’éducation thérapeutique est dans ce cadre la pratique de choix, elle a pour but de donner aux patients les ressources cognitives et techniques afin qu’ils deviennent responsables dans la gestion de leur santé. Des compétences en nutrition et diététique oncologique ainsi qu’en éducation pour la santé permettent de répondre scientifiquement aux préoccupations « anti-cancer » des patients et de les amener à modifier leur comportement de santé. Dans cette démarche, un accompagnement partagé et uniforme par l’ensemble des soignants, en particulier les équipes de soin oncologique, est un atout.


Références

 

1. ROCK C., DOYLE C., DEMARK-WAHNEFRIED W., et al. (2012), Nutrition and Physical Activity Guidelines for Cancer Survivors, in CA Cancer J Clin, 62, (4), august, pp. 242-274
2. ANCELLIN R., BEN DIANE MK., GAILLOT J. (2014), Alimentation et activité physique,  in INCa, La vie deux ans après un diagnostic de cancer - De l’annonce à l’après cancer, collection Études et enquêtes, juin, pp. 384-399
3. COLORECTAL CANCER ASSOCIATION OF CANADA (2016), Cancer Prevention, World Cancer Research Fund Guidelines, consulté le 05.04.16 à http://www.colorectal-cancer.ca/en/healthy-lifestyles/world-guidelines/,257
4. FERRINI K., GHELFI F., MANNUCCI R., TITTA L. (2015), Lifestyle, nutrition and breast cancer: facts and presumptions for consideration, in Ecancermedicalscience, 9 : 557
5. FONDATION CONTRE LE CANCER (2015), Alimentation et prévention du cancer : mythes et réalités » : Il existe des « super aliments » contre le cancer, consulté le 28/11/15 à http://www.cancer.be/pr-vention/boire-et-manger-sainement/alimentation-et-pr-vention-du-cancer-mythes-et-r-alit-s/il
6. FONDATION CONTRE LE CANCER (2015), Votre santé sur la balance. Quelques astuces pour garder votre poids en équilibre et améliorer votre santé. Bruxelles 2p.
7. WORLD CANCER RESEARCH FUND INTERNATIONAL – WCRF (2014), Continuous Update Project Report: Diet, Nutrition, Physical Activity, and Breast Cancer Survivors
8. FONDATION ARC POUR LA RECHERCHE SUR LE CANCER (2014), La prévention des cancers. Villejuif 27p.
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